Comme l’écrivait un jour Nick Hornby dans son roman culte High Fidelity : « Faire une cassette, c’est comme écrire une lettre : il faut beaucoup effacer, réfléchir, recommencer… » Et je crois que cette logique s’applique aussi très bien à la création d’un jeu vidéo. Selon Hornby, les règles sont nombreuses, très nombreuses.
C’est précisément cette idée « de composer une mixtape » que Mixtape, comme son nom l’indique, épouse pleinement. Cette nouvelle aventure narrative signée Beethoven & Dinosaur prend la forme d’une compilation d’expériences : certaines sont spectaculaires et théâtrales, d’autres plus ancrées dans le réel. Certaines sont calmes, d’autres plus complexes. Ensemble, elles composent les fragments d’un tout plus vaste : de délicieuses bouchées d’émotion, d’amour, de perte et de rébellion. Comme une mixtape traditionnelle, le jeu prend la forme d’une collection de souvenirs vécus, patiemment assemblés par une personne chère pour vous faire ressentir ces instants comme elle les a elle-même traversés.
Et puis, franchement, c’est carrément génial.

Mixtape ne perd pas de temps en préambule et nous plonge d’emblée dans une introduction interactive et magique, où l’on découvre nos trois personnages principaux filant à toute allure sur une autoroute baignée par le coucher du soleil, au son de “ That’s Good ” de DEVO.
Pour poser le décor : c’est la dernière soirée que les trois amis passeront ensemble avant que Stacey Rockford, protagoniste principale de Mixtape, ne s’envole pour New York afin de poursuivre son rêve d’une grande carrière dans l’industrie musicale. Le programme de la soirée est présenté comme le plan d’un casse spectaculaire, avec pour point d’orgue une fête d’adolescents sur la plage. Mais à travers le regard brumeux de trois jeunes qui célèbrent leur dernière nuit avant que leur vie ne change à jamais, les enjeux semblent aussi importants que ceux d’un braquage de banque.
Chaque séquence de Mixtape se déroule au rythme d’un morceau soigneusement choisi, certains vous seront familiers, d’autres beaucoup moins, mais ce sont les introductions de chaque titre, portées par les explications malicieusement maladroites de Stacey Rockford, qui les rendent vraiment uniques, parfois même en brisant le quatrième mur.

Rockford est sombre, mordante et sarcastique. Elle incarne la jeunesse dans tout ce qu’elle a de plus vif : ambitieuse, pleine d’espoir pour son avenir, mais aussi profondément désabusée face à Blue Moon Lagoon, son trou perdu de ville natale, surnommé « le Grand Néant » par les trois amis.
Elle est passionnée jusqu’au bout des ongles et possède une connaissance infinie de toutes sortes de musiques, des plus obscures aux plus prétentieuses, mais son enthousiasme reste irrésistiblement attachant. Son amour de la musique parlera à tous les fans : des grands morceaux qui composent sa fameuse Mixtape aux remarques lancées au détour d’une conversation sur la production analogique, certains modèles de chaînes hi-fi ou encore cette opinion, parfaitement juste, selon laquelle le premier album de Portishead est un triomphe. C’est une lettre d’amour que Stacey vous adresse, souvent directement face caméra, sur les expériences que nous vivons et la façon dont nous nous en souvenons.

Le gameplay de Mixtape se compose d’une série d’expériences interactives légères, pensées pour vous laisser vous concentrer sur le récit. L’histoire principale se déroule dans différents lieux, chacun porté par une bande-son thématique. Depuis ces moments, vous plongerez dans les souvenirs de Stacey, dans toutes les décisions, les excès et les instants de débauche qui ont façonné leurs années d’adolescence et les ont conduits jusqu’à cette nuit précise.
Dans l’un de ces souvenirs, vous secouerez la tête au rythme de Silverchair pendant un trajet en voiture, en appuyant sur les boutons en cadence. Dans un autre, vous prendrez la pose dans un photomaton et déclencherez l’appareil pendant que Harpers Bizarre résonne en fond. Certaines sections sont conçues pour vous porter d’un temps fort narratif à l’autre, comme cette séquence survoltée où le trio dévale une autoroute dans un caddie de supermarché, tandis que “ Sensitive to Light ” de Rainbow est diffusé à plein volume, un morceau que je ne pensais vraiment pas entendre un jour dans un jeu vidéo.

L’un de mes moments préférés reste celui où l’on frappe des balles de baseball au rythme de l’une de mes chansons favorites de tous les temps, que je ne dévoilerai pas ici. Le tout est introduit par un monologue de Stacey Rockford à la limite de la grandiloquence, capable de rivaliser avec les miens. La présence de ce morceau, en particulier, vient ponctuer une expérience profondément personnelle. Ces chansons ne bouleverseront peut-être pas votre vie, mais la plupart d’entre nous ont, quelque part, un titre capable de nous ramener instantanément à un lieu, à une époque, à une sensation. Et Mixtape parvient à capturer cela avec une justesse remarquable.
D’autres sections sont plus longues et vous laissent une légère part d’exploration. Une séquence particulièrement délicieuse vous entraîne, le temps d’une nuit pas comme les autres, dans un parc de dinosaures abandonné, où le trio chevauche un immense sauropode vers un coucher de soleil plein d’espoir, imaginant ses projets d’avenir et traçant les contours du reste de sa vie. C’est cette scène qui met particulièrement en lumière ce dont parle Mixtape : un instantané onirique et mélancolique de la jeunesse et de ce que signifie grandir.

C’est en parvenant à saisir cette idée que Mixtape devient véritablement spécial. C’est un spectacle qui se déploie davantage comme un film que comme un jeu vidéo traditionnel, parfois lyrique, parfois solennel, mais sans jamais oublier d’être interactif. Dans presque chaque séquence, quelque chose vous est confié : diriger un skateboard dans une descente, choisir les parfums d’un granité, ou encore contrôler manuellement deux langues trempées dans un mini-jeu de baiser auquel je préférerais ne plus jamais repenser. Chaque mécanique rencontrée semble avoir été conçue avec affection pour accompagner précisément l’instant auquel elle appartient. Vous ne vous contentez pas d’observer ces vignettes : vous en faites partie. C’est une célébration joyeuse et magique de la musique, comme je n’en avais jamais vue, et une expérience magnifique, éthérée, qu’il faut voir pour vraiment l’apprécier.

Il existe bel et bien de nombreuses règles pour composer une Mixtape. Mais peut-être que, le temps d’une nuit, il vaudrait mieux créer la vôtre ?
DEVO avait raison : « tout le monde veut aussi quelque chose de bien. » Et vous pourrez en profiter dès aujourd’hui avec la sortie de Mixtape, disponible sur Xbox Series X|S, Xbox sur PC et via Xbox Cloud Gaming en tant que titre Xbox Play Anywhere et disponible dans le Xbox Game Pass.